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Jean-Pierre Khalfon se souvient de L'Amour fou

Cinquante-quatre ans après sa sortie en salle, L’Amour fou de Jacques Rivette est de nouveau à l'affiche dans une version restaurée présentée à Cannes Classics en mai dernier. Jean-Pierre Kalfon, qui compose avec Bulle Ogier le couple à la dérive de cette œuvre emblématique de la Nouvelle Vague, partage ses souvenirs de plateau.


Photo du film L'AMOUR FOU de Jacques Rivette © LES FILMS DU LOSANGE


L'Amour fou marque première collaboration avec Jacques Rivette. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Avec Bulle Ogier, nous jouions dans Les Idoles, une pièce de Marc’O. Jacques Rivette a trouvé que nous formions un bon duo et nous a choisis pour son prochain film. J’étais très flatté d’être avec l’un des grands réalisateurs de la Nouvelle Vague. Son film Suzanne Simonin, la Religieuse de Denis Diderot, avec Anna Karina, venait de faire un carton : il était en pleine montée et j’ai senti qu’il avait beaucoup à m’apporter.


Que vous a-t-il appris ?

Il m’a appris que derrière un script, on peut trouver de l’âme. Les personnages du film ont une profondeur, ce sont des êtres qui cherchent quelque chose. À travers le théâtre, à travers le cinéma, ils vivent leur vie. Jacques Rivette nous a conduits à rentrer dans la tête de nos personnages. Avec lui, je ne jouais pas vraiment, j’étais moi-même devant la caméra.


L’un des thèmes du film est la jalousie, c’est une idée que vous aviez en tête lors des scènes avec Bulle Ogier ?

Au fil du tournage, j’ai compris que l’amour fou était celui d’une femme pour son homme. Sébastien, que je joue dans le film, est un peu distrait, il n’est plus tellement investi dans la relation qu’il a avec Claire (Bulle Ogier). Il se détache et sa compagne ne le supporte pas. Elle veut absolument continuer, concrétiser cet amour.


Le tournage n’aurait duré que cinq semaines. Comment Jacques Rivette a-t-il dirigé ses troupes sur un temps aussi court ?

À l’époque, le cinéma était en pleine mutation. Les gens se sont mis à tourner d’instinct : on vous raconte la scène le matin, vous écrivez les dialogues avec le réalisateur et les partenaires, puis on filme. Ça peut aller vite. Au début du tournage de L’Amour fou, le scénario tenait sur deux pages. Nous écrivions tout au jour le jour pour laisser une plus grande part à l’improvisation.


Le film dure plus de quatre heures, pourquoi Jacques Rivette a-t-il fait le choix de la longueur ?

À l’époque, les films longs étaient surtout des films spectaculaires, à gros budget comme Le Cid d’Anthony Mann, avec Charlton Heston et Sophia Loren. Avec L’Amour fou, Jacques Rivette a réalisé un film long introspectif. Il s’est mis à filmer les acteurs sur la durée. Quand la caméra fixe quelqu’un, les spectateurs entrent dans la tête de la personne filmée. Les plans fixes incitent à voir ce que veut montrer le réalisateur.


L’Amour fou est-il toujours actuel ?

C’est une œuvre profonde. Jacques Rivette est allé chercher de l'âme derrière les images. Il a voulu apporter à chaque spectateur quelque chose dans quoi se reconnaître.




 

Film restauré 4K par Véronique Manniez-Rivette et les films du Veilleur, avec le soutien du CNC, par le laboratoire Hiventy à Boulogne-Billancourt, et sous la supervision de Caroline Champetier, AFC.

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